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dimanche, 29 juin 2008
--> 5/11

Etre au régime
Je suis au régime. On peut haïr ce mot et l’acoquiner avec d’autres peu avenants. Efforts. Frustrations. Contraintes. Sacrifices. Exigences. Règles draconiennes. Pourtant, je ne m’étais pas sentie aussi bien depuis… wah, un bon moment. Derrière ce mot, je place toutes mes nouvelles habitudes. Je me sens physiquement bien. En forme, plus légère, plus jamais ballonnée. Je n’ai plus mal au dos, je me suis débarrassée de tout un tas de petites douleurs. On n’imagine pas ce que ça peut changer dans une vie d’aller à la selle tous les jours…
Mon esprit cartésien se régale. Etablie des plannings, des listes, et des règles simples. Définir des objectifs datés et chiffrés. J’organise mon régime comme je gère mon budget. Les entrées, les sorties, les extras, les imprévus. Ma balance relève les comptes, mon mètre ruban établit la répartition des bénéfices. Je me rends au travail pour garnie mon compte en banque et enfourche mon vélo d’appartement pour dégarnir mes cuisses. La virgule place les grammes et les centimes d’euros.
De la même façon que j’essaie devant la glace la chemisette fraichement acquise, je ne me lasse pas d’étudier mes nouveaux ventres, cuisses, mollets… Je me pose des règles simples et les suis. Un fruit ou un légume minimum par repas tu mangeras. Mon secret ? Il en faut ? Je suis réaliste et ne me donne que des objectifs que je peux atteindre. Trois séances de sport par semaine tu feras. Quant à savoir ce qu’il faut faire… Je le sais. On le sait tous, quelques part. Deux litres d’eau par jour tu liquideras. Et surtout, ça fait tellement longtemps que je prétends mincir que j’ai ingurgité assez d’information pour écrire un fichu bouquin de diététique. 50 abdos chaque matin tu feras. Puis il y a Internet. Ah, Internet, mon Eden ! Internet à la réponse à toutes vos questions à condition que vous sachiez chercher. Ça tombe bien, la recherche d’informations, c’est mon métier ! De desserts allégés tu te contenteras. Je trouve tout ce dont j’ai besoin, même le soutien. Je suis inscrite sur un site de régime et y alimente allégrement mon blog. Je m’épanche sur le forum et reçoit dans la demi heure des commentaires d’encouragements. Je passe des heures à guetter les infos et à les vérifier. Ça me passionne. Le fromage tu banniras. Et finalement, j’ai décidé en toute simplicité que c’était simple de maigrir. Ça ne l’est pas. Mais je ne le vis pas comme une épreuve. J’ai décidé de le faire et me donne les moyens pour. Moi-même, je ne comprends pas pourquoi je le vis si bien.
Un joker par semaine tu t’accorderas.
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samedi, 28 juin 2008
--> 4/11

Le déclic
Flash back. Nous sommes le 23 février dernier. Oui, les chiffres.
J’aimerais pouvoir décrire un déclic romantique (Nos regards ce sont croisés et j’ai voulu ressembler à la femme si belle que reflétait ses yeux) ou alors quelques chose qui me donnerait l’image d’une femme forte et volontaire (Quand le bouton a refusé d’obtempérer j’ai tapé du poing sur la table et me suis écriée Basta ! l’ascension s’arrête là !). Ou au moins avoir une histoire drôle et pleine d’autodérision qui aurait toujours le bénéfice de vous faire sourire. Je pourrais tenter le mélo (j’avais si honte de moi, honte de cet être difforme qui se trainait au bras de mon compagnon, honte de ce que j’avais pu devenir).
Non. Non, rien de tout ça. La vérité c’est que nous sommes partis pendant une semaine et que je l’ai passé à ma bâfrer tant et plus, dans la foulée d’une période de plusieurs mois de prise de poids régulière. Au terme de cette semaine, j’avais de nouveau atteint cette limite haït. 74,5 kilos. Mais ça ne m’a pas empêché de manifester un enthousiasme sincère quand, le jour même où nous sommes rentrés, mon beau-père nous a proposé de sortir au restaurant. J’ai fini la soirée pliée en deux par la fenêtre de son monospace vidant mon estomac à grand renfort de hoquets douloureux. Et non, mon déclic n’a rien d’élégant ou de romantique, je vous avez prévenu.
Mon médecin m’a diagnostiqué une gastro. Si j’étais un tantinet mystique, j’évoquerais un signe, un message qui devait marquer le début de… De quoi ? Peu importe, je ne suis pas mystique.
Nous y voilà donc : samedi 23 février. J’ai rendu un plat entier de délicieux raviolis niçois et leur sauce aux cèpes et parmesan. Le lendemain, dimanche, j’atteins les 39 de fièvre et sue tant et plus dans les draps propres que mon Homme vient de changer. Je me nourris de bouillon de légume et de quelques bouchés de riz pendant trois jours. Au quatrième, mon corps commence à accepter quelques choses d’un peu plus solides mais rouspète activement contre la quantité. C’est l’occasion où jamais. Je ne peux pas continuer de grossir au gré de mes mauvaises humeurs. Je ne peux même pas me contenter de rester grosse puisque je suis incapable de m’accepter comme cela. J’ai 23 ans, bordel de merde, la vie devant moi. Et ce que je décide pour ma vie, maintenant, c’est que je ne serai plus grosse. Je dois devenir une femme ? Fort bien, je ne serai pas une grosse bonne femme alors.
100 jours plus tard, je pèse 8,3 kilos de moins.
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vendredi, 27 juin 2008
--> 3/11

Faire le lien
Il y a quelques mois, affalée sur le même canapé alors encore neuf, enveloppée par les odeurs de peinture fraiche suintant encore dans notre appartement, je réalisais qu’en effet, ça y est, je suis adulte. Et merde…
Le mot, dans le fond, ne me pose pas problème. Par contre, ce que j’y associe… Si je suis adulte, je suis aussi une jeune femme.
Ah, la Femme. Le voilà, le lien entre toutes les choses dont je parle depuis le début. Etre une femme. Etre femme… C’est infiniment compliqué.
Ce que je suis par ce que je fais.
Ce que je suis par ce à quoi je ressemble ?
C’est le moment. Le moment pour changer. Parce qu’il le faut. Parce qu’il est temps de tout aligner : ce que je suis, ce que j’ai envie d’être, ce à quoi je ressemble, ce à quoi j’ai envie de ressembler.
Je me suis mise au régime.
100 jours plus tard, j’ai perdu 8 kilos.
Je n’ai pas fini.
On en parle peu, finalement, de cette période dans une vie. On déblatère à volonté sur l’adolescence. On sous-catégorise : pré-ado, adonaissant, post-ado… « Le sortir de l’adolescence ». Ça évoque une chrysalide qu’on détruit à coups de crises et de bougies soufflées sur un gâteau. J’en suis sortie il y a un moment déjà, de mon adolescence. Et tout à coup alors, on ne parlait plus de moi, nulle part. Je ne suis pas encore la femme de mon magazine féminin, je ne suis ni Elle, ni la Femme Actuelle, pas Cosmopolitaine pour deux sous, plus vraiment Jeune et Jolie ou Muteen… Je ne suis pas encore une ménagère de moins de 50 ans. Où suis-je alors ?
Alors ? Alors il ne me reste que quelques pas à faire.
Je porte mon corps comme les stigmates de mon adolescence. Un penchant plus ou moins marquée pour l’hyperphagie, une timidité en contradiction avec l’image qu’on a de moi, une tendance à intérioriser contrebalancé par un besoin infini qu’on s’occupe de moi. Je n’ai pas eu la pire des adolescences. Par la meilleure non plus. Pas de quoi s’épancher. Par contre, j’ai toujours été au moins ronde. En fait, c’est ainsi que je me souviens de mon, rebondie et maladroite. Les photos, elles, disent que j’ai commencé à m’enrober autour de mes 14 ans. Ah, ma 3ème, mes années lycée… Au début, je crois ça ne m’intéressait pas vraiment réellement malgré les sorties lyriques et conventionnelles que je pouvais lancée devant mes copines « mais comment voulez-vous que j’intéresse un garçon alors qu’à moi-même mon corps me répugne, me dégoutte, m’écœure ? » Puis c’est vraiment devenu un souci, à coups de remarques et de regards étrangers. Pourtant, j’ai continué de grossir.
La fac, je m’en souviens bien. Là, j’ai commencé à tenter des choses. Combien de fois j’ai décidé de me prendre en main ? Cette fois-ci, c’est la bonne ! Séances de sport, tenue de mon assiette. Je me décourageais très vite. Je m’habillais encore comme un sac.
Je me souviens de ce garçon, première authentique peine de cœur, qui m’avait fait comprendre non sans subtilité que, mince, il aurait envisagée les choses autrement.
Il y a eu les pertes et les prises de poids. Un job d’été assez physique et je rentrais avec deux tailles de pantalon en moins et que reprenais lors des deux sessions d’examens suivantes. Un vrai régime, suivi par un médecin, qui a marché, mais que j’ai lâché avant la fin… Des efforts, par-ci, par-là, emmaillées d’échecs plus que de réussites. Et cette limite chiffrée que j’ai repoussée tant de fois, celle du poids maximum atteint.
Je me rappelle que je me trouvais déjà grosse à tout juste 60 kilos. 74,5, c’est le maximum que j’ai atteint, et j’ai déjà touché cette barre à deux reprises.
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jeudi, 26 juin 2008
--> 2/11

Se définir
74 kilos signifient-ils que je suis grosse ? Peu importe. Voilà la question qui importe : 23 ans signifient-ils que je suis adulte ? Le chiffre, en toute objectivité, annonce que oui. Mais moi, comment je me sens ? A 74 kilos, je me sens grosse. A 23 ans, je ne crois pas que je me sente adulte.
Je ne suis plus adolescente et j’abandonne avec force soulagement cette personne que j’ai été. Mais je ne suis pas pressée de me définir comme adulte. J’ai alors le cul (mon gras cul trouée de cellulite) entre deux chaises. A la télé, on m’appelle « jeune active ». Qu’est-ce que ça dit de moi ? Que je travaille ? Oui, depuis quelques mois. Je me suis abimée à obtenir ce concours et j’aime ce que je fais. J’ai un compte dans une Banque, des quittances de loyer, une déclaration de revenus. Je claque chaque mois une paire de centaine d’euros en futilités rien que parce que pour la première fois de ma vie, j’ai les moyens de le faire. Mon appartement est propre et occasionnellement rangé, je sacrifie au rituel hebdomadaire de la grande distribution, j’ai une carte de fidélité dans la plupart des chaine et suis assez satisfaite de n’être fidèle à aucune, je n’ai pas de chien parce qu’on souffre trop quand ils sont malades ou meurent, je peste à épisode régulier contre le prix de l’essence et la baisse du pouvoir d’achat, je connais par cœur mon numéro de Sécu et le téléphone de mon assureur, j’ai un lave vaisselle, une carte d’adhésion à un mouvement politique et trois lessives différentes à adapter aux différents types linges, ma salle de bain déborde sous les flacons de soins pour peau, pieds, poils, et ma collection de chaussures mériteraient un post en photo sur mon blog régulier, j’ai des plantes vertes et arrivent plus ou moins à les faire survivre et pour couronner cela, on m’appelle Madame aux caisses des magasins.
Et bien, oui, alors, peut-être que j’ai tout ce qu’il faut pour être adulte. Qu’à cela ne tienne, je vais donner un autre nom à mon malaise.
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mercredi, 25 juin 2008
--> 1/11
Matière grasse
Je suis grasse.
Grosse, je ne sais pas. Elle se situe où la limite entre ronde et grosse ? Elle se chiffre en kilos ou en degré de politiquement correct ? Suis-je plantureuse ? Epanouie ? Opulente ? Dodue ? Grassouillette ? Ou même potelée ? Suis-je bouffie ? Boursouflée ? Epaisse ?
Peu importe les mots choisis. Moi, je vois le gras de mon corps rembourré, matelassé, baignant dans sa graisse. Mon ventre déborde systématiquement de mon pantalon, mon abdomen forçant sur la braguette. Mes cuisses se frottent quand je marche si bien que j’évite les jupes, même longue, pour m’épargner rougeurs et démangeaisons. Tapez sur mes fesses nues et une vague se projettera à travers les capitons de cellulite. Attrapez mes hanches et sentez leur moelleux.
Je suis grosse, je suis grasse, je suis molle, je suis flasque.
Mais je me soigne.
En chiffres
Commençons par les chiffres. J’aime ça, les chiffres. J’aime les quantités, les prévisions, les statistiques. Le chiffre est un critère objectif, réponse concrète à mes questions fermées. Ai-je pris du poids ? En ai-je perdu ? Kilos, grammes, calories et centimètres. Je jongle avec les unités, m’appesantit sur la virgule. Ma logique mathématique y trouve son compte en douceur. On tient des notes, on compare les résultats, on dresse une courbe de poids. On planifie, on enregistre. Objectif atteint ? Les chiffres répondent sans me ménager. Les dates, les anticipations, les échéances. Où en suis-je de mon cycle ? Combien de tour de taille ? Oui, un corps, mon corps, je peux le résumer à des chiffres.
Je me lève le matin et pour la journée, je serai les trois chiffres affichés sur l’écran à cristaux de ma balance, la mesure annoncée par mon mètre ruban et la taille inscrite au dos de mon pantalon. Je suis au régime, et je suis ces chiffres.
Donnons des chiffres alors. Je mesure 1,61 mètre. Le 23 février dernier, je pesais 74,5 kilogrammes pour un Indice de Masse Corporelle de 28,74. Un mois plus tard, je commençais aussi à prendre mes mensurations. Mon tour de hanche se comptait alors en mètre (1,11)… Selon les différentes formules (Lorentz, Creff), mon poids idéal se situe entre 56 et 57 kilos.
1200 : les calories pour une journée.
0 : le pourcentage de matière grasse de mes yaourts.
50 : les abdos, chaque matin
3 : nombre de séances de sport que je m’impose hebdomadairement, soit de piscine (60 longueurs en 60 minutes) soit de vélo (900 calories en 60 minutes)…
4 : les petites bouteilles à avaler dans la journée.
Et mon age : 23.
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